
Le SAR (Système d’Activation Réticulé) filtre les informations sensorielles et maintient la vigilance. Le DMN (Default Mode Network) gère l’introspection et la pensée spontanée. Normalement, ces deux réseaux alternent — quand l’un est actif, l’autre se met en retrait. Dans le DAH, cette bascule fonctionne mal : le DMN reste actif quand il devrait se désactiver, ce qui explique une bonne partie des difficultés de concentration.
Le DAH n’est pas un problème de volonté ou de paresse. C’est en grande partie une affaire de coordination entre ces deux réseaux cérébraux. Comprendre ça change le regard qu’on porte sur son propre fonctionnement.
C’est quoi le SAR, concrètement ?
FACTUEL Le SAR (Système d’Activation Réticulé) est un ensemble de noyaux situés dans le tronc cérébral, avec des projections qui remontent vers l’ensemble du cortex. Son rôle : réguler le niveau d’éveil, filtrer les informations sensorielles entrantes, et maintenir la vigilance. C’est lui qui décide — en grande partie inconsciemment — ce qui mérite l’attention et ce qui doit être ignoré.
Concrètement, un SAR qui fonctionne bien filtre le bruit de fond pour que le cortex puisse se concentrer sur ce qui compte. Un SAR dysrégulé laisse passer trop d’informations — ou au contraire, en bloque trop. Dans le DAH, c’est souvent le premier cas.
C’est quoi le DMN, et pourquoi il pose problème dans le DAH ?
FACTUEL Le DMN (Default Mode Network) est un réseau actif au repos — quand on ne fait « rien ». Il implique le cortex préfrontal médian (mPFC), le cortex cingulaire postérieur (PCC/précunéus), l’hippocampe, et les aires temporales médiales. Il supporte la pensée spontanée, la rêverie, la simulation mentale (« et si… »), et la mémoire autobiographique.
Le problème dans le DAH : le DMN est souvent encore actif quand il devrait se mettre en retrait pour laisser place à la tâche externe. Résultat : les pensées intrusives, les distractions endogènes, les départs en « mode rêverie » en plein milieu d’une réunion. C’est neurologique, pas un manque de concentration.
FACTUEL Des études d’imagerie cérébrale montrent des dysrégulations de l’activité et de la connectivité du DMN dans le DAH, corrélées aux symptômes d’inattention. Ce n’est pas un résultat isolé — il est répliqué dans plusieurs études (méta-analyse Sutcubasi et al., 2020 — 20 études, 944 patients ADHD, 1121 contrôles).
Comment SAR et DMN interagissent-ils normalement ?
FACTUEL Normalement, SAR et DMN fonctionnent en opposition dynamique. Quand le SAR active l’attention vers l’extérieur (une tâche, une conversation), le DMN se désactive. Quand le SAR relâche — pause, repos — le DMN reprend la main.
Cette bascule est gérée en partie par le thalamus, et notamment par le NRT (noyau réticulaire thalamique), qui joue le rôle de filtre inhibiteur. Dans le TSA, des hyperexcitabilités de ce filtre ont été reportées — ce qui expliquerait certains profils de sur-stimulation sensorielle.
EXPÉRIENCE Ce qui me parle dans ce modèle : les moments où je suis le plus « dans ma tête » ne correspondent pas à un choix délibéré. C’est le DMN qui prend la main sans prévenir. Comprendre que c’est un mécanisme neurologique — pas un défaut de caractère — change vraiment quelque chose.
SAR vs DMN : quelles différences ?
FACTUEL Pour y voir clair, voici les différences essentielles entre ces deux réseaux :
| SAR | DMN | |
|---|---|---|
| Nom complet | Système d’Activation Réticulé | Default Mode Network |
| Localisation | Tronc cérébral → projections corticales | mPFC, PCC/précunéus, hippocampe |
| Rôle | Éveil, vigilance, filtrage sensoriel | Introspection, rêverie, mémoire autobiographique |
| Actif quand… | Attention externe (tâche, conversation) | Repos, pensée spontanée |
| Dysrégulation DAH | Filtrage insuffisant → surcharge sensorielle | Reste actif pendant les tâches → distraction |
| Métaphore | Le videur du club : décide qui entre | La radio de fond : parle si on ne l’éteint pas |
Que sait-on vraiment sur le SAR et le DMN dans le DAH ?
Un point important : ce domaine avance vite, mais il reste des zones d’ombre.
FACTUEL Ce qui est établi :
- Le SAR module l’éveil et le filtrage sensoriel
- Le DMN soutient introspection, mémoire autobiographique et simulation mentale
- La bascule SAR/DMN dépend du contexte (attention externe vs interne)
- Des altérations du DMN sont associées aux symptômes du DAH — résultats répliqués
EXPLORATOIRE Ce qui n’est pas encore tranché :
- Les relations causales directes SAR→DMN chez l’humain (études interventionnelles manquantes)
- La cartographie fine des sous-types DAH selon profil de connectivité
- Les biomarqueurs robustes et reproductibles multi-sites
EXPLORATOIRE Controverses actives : l’hypercorrélation DMN dans le DAH n’est pas uniforme selon les sous-types et les tâches étudiées. Et la fameuse « anticorrélation DMN/réseaux attentionnels » dépend fortement du prétraitement des données d’imagerie. Ça reste un chantier.
Comment utiliser ce modèle SAR/DMN au quotidien ?
Ce modèle ne donne pas de solution clé en main. Mais il donne quelque chose de plus utile : un cadre pour comprendre pourquoi certaines stratégies fonctionnent et d’autres non.
Les approches qui visent à « forcer » l’attention en ignorant le DMN ne fonctionnent pas bien. Les approches qui travaillent avec la dynamique SAR/DMN — pauses intentionnelles, alternance tâches internes/externes, stimulation suffisante pour maintenir le SAR actif — sont plus cohérentes avec la neurobiologie.
La cohérence cardiaque est un de ces leviers : en régulant le système nerveux autonome, elle influence directement le SAR et donc la capacité d’attention. Les champignons médicinaux étudiés dans le DAH agissent aussi sur des voies liées à la neuroplasticité et à la régulation de l’éveil. Et quand la dysrégulation SAR/DMN s’installe durablement sans récupération, elle peut contribuer à un burn-out émotionnel.
→ Les stimulations visuelles — lumière, couleurs ambiantes — alimentent aussi directement le SAR. Comment les couleurs influencent notre humeur et notre éveil
Sources : MDPI 2024 (connectivité DMN dans le TDAH) ; PMC 2023 et PMC 2021 (SAR et régulation de l’éveil) ; bioRxiv 2025 (NRT et TSA). Maslach Burnout Inventory ; Castellanos & Proal, 2012 (DMN et TDAH). Synthèse basée sur la littérature 2015–2025.
Questions fréquentes sur le SAR et le DMN
C’est quoi le réseau SAR et le réseau DMN ?
Le SAR (Système d’Activation Réticulaire) régule l’attention et l’éveil depuis le tronc cérébral. Le DMN (Default Mode Network ou Réseau du Mode par Défaut) est actif au repos, lors de la rêverie ou de la réflexion sur soi. Ensemble, ils forment un système de bascule qui gère où va l’attention.
Pourquoi le SAR et le DMN sont-ils importants dans le DAH ?
Dans le DAH, la régulation entre SAR et DMN est atypique : le DMN reste parfois actif pendant des tâches qui demandent concentration, ce qui crée des difficultés d’attention soutenue. Ce n’est pas un manque de volonté — c’est une différence de câblage neuronal documentée par l’imagerie cérébrale.
Le DMN a-t-il un rôle positif ?
Oui. Le DMN est associé à la créativité, à la planification future et à l’introspection. Ce n’est pas un réseau à « éteindre », mais à réguler selon le contexte. Beaucoup de personnes DAH ont une créativité au-dessus de la moyenne — le DMN y contribue directement.
Peut-on entraîner la bascule entre SAR et DMN ?
La méditation pleine conscience montre des effets documentés sur la régulation du DMN. La cohérence cardiaque agit sur le système nerveux autonome qui module le SAR. La pratique régulière de ces deux approches renforce la capacité à basculer volontairement entre les deux réseaux.
Quel est le lien entre SAR/DMN et burn-out émotionnel ?
Quand la dysrégulation SAR/DMN se prolonge sans récupération suffisante, le système nerveux reste en surcharge chronique. La rumination (DMN hyperactif) combinée à l’épuisement attentionnel (SAR saturé) peut favoriser un burn-out émotionnel. Les profils DAH sont particulièrement exposés à ce risque.
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