
- Je vois de l’humain partout parce que c’est le modèle que je connais le mieux, et qu’il m’aide à comprendre ce qui m’échappe.
- Trois choses me poussent à prêter un esprit aux choses : la grille humaine me vient en premier, j’ai besoin de comprendre, et j’ai besoin de lien.
- Le « regard coupable » du chien ne dépend pas de la désobéissance : il apparaît surtout quand le maître gronde, et encore plus quand le chien a obéi.
- Le réflexe joue aussi dans l’autre sens : ne reconnaître que l’humain, et passer à côté d’autres façons d’être au monde. Frans de Waal l’appelle l’« anthropodéni ».
- Une IA trompe d’autant plus mon regard qu’elle parle. Mais elle n’a ni corps, ni peau, ni cœur qui s’accorde au mien : ce qui passe entre deux vivants, elle ne l’a pas.
Avant de me demander si une IA, un chien ou une plante est conscient, je peux me demander avec quels yeux je regarde.
FACTUEL Parce que l'humain est le modèle que je connais le mieux, et qu'il m'aide à comprendre ce qui m'échappe (Epley, Waytz et Cacioppo, 2007). Ce réflexe peut m'égarer de deux façons opposées. Je prête de l'humain là où il n'y en a peut-être pas. Ou je ne reconnais que l'humain, et je passe à côté d'autres façons d'être au monde.
J'ai cherché ailleurs ce que veut dire le mot « conscience » (Que veut dire le mot « conscience » ?) et ce que la science en sait (Que sait la science de la conscience ?). Ici, je regarde mon propre regard. Avant de me demander si une IA, un chien ou une plante est conscient, je peux me demander : avec quels yeux est-ce que je regarde ?
Que veulent dire « anthropomorphisme » et « anthropocentrisme » ?
FACTUEL Les deux mots partent du grec anthrôpos, « l'être humain ». L'anthropomorphisme, c'est la « tendance à se représenter toute réalité comme semblable à la réalité humaine » (Trésor de la langue française). Le mot est d'abord religieux : en 1749, il désigne la doctrine de ceux qui conçoivent la divinité à l'image de l'homme (Trésor de la langue française).
FACTUEL L'idée est bien plus ancienne que le mot. Il y a environ deux mille cinq cents ans, le poète grec Xénophane le remarque déjà : si les bœufs ou les lions avaient des mains pour peindre, ils donneraient à leurs dieux un corps comme le leur, « les chevaux semblables aux chevaux, les bœufs semblables aux bœufs » (Xénophane, fragment).
FACTUEL L'anthropocentrisme, lui, est l'attitude qui « considère l'homme comme le centre de référence de l'univers » (Trésor de la langue française).
Une image pour les distinguer. Devant un chien, l'anthropomorphisme me fait dire : « il pense comme moi ». L'anthropocentrisme me fait dire : « s'il ne pense pas comme moi, il ne pense pas ». La première erreur prête trop. La seconde ne voit pas.
FACTUEL Le neuroscientifique britannique Anil Seth les relie : l'anthropomorphisme est « le complément de l'anthropocentrisme » (Seth, 2025). Il en ajoute un troisième, l'exceptionnalisme humain : voir l'être humain comme distinct des autres formes de vie, et supérieur à elles (Seth, 2025).
Pourquoi mon cerveau prête-t-il un esprit aux choses ?
FACTUEL En 2007, trois psychologues américains, Nicholas Epley, Adam Waytz et John Cacioppo, proposent trois causes (Epley, Waytz et Cacioppo, 2007). D'abord, ce que je sais de l'humain me vient tout de suite à l'esprit : c'est la grille la plus disponible. Ensuite, j'ai besoin de comprendre et d'expliquer ce qui se passe autour de moi. Enfin, j'ai besoin de lien avec les autres.
FACTUEL Le besoin de comprendre a été testé. Plus un animal ou un objet paraît imprévisible, plus les gens lui prêtent un esprit humain. Et une fois humanisé, il leur paraît « plus prévisible et compréhensible » (Waytz et al., 2010). Les personnes qui ont un besoin de contrôle durable prêtent plus volontiers des traits humains aux animaux imprévisibles (Epley et al., 2008).
EXPLORATOIRE Le besoin de lien aussi. Les personnes seules, que ce soit dans leur vie ou le temps d'une expérience, prêtent davantage un esprit aux animaux et aux objets. Elles croient aussi davantage en Dieu. Pour les auteurs, quand le lien avec les autres manque, ces personnes compensent en créant un lien de type humain avec ce qui n'est pas humain (Epley et al., 2008).
EXPLORATOIRE Ce que j'en retiens : humaniser n'est pas une naïveté. C'est un réflexe de maîtrise et de lien. Je donne un visage humain à ce qui m'échappe, pour avoir prise dessus. Anil Seth le dit à sa façon : ce réflexe est utile quand il aide à expliquer et à prévoir, et il pose problème quand il conduit à de mauvaises explications ou à des prévisions fausses (Seth, 2025).
La peur pousse-t-elle aussi à humaniser ? L'idée est tentante, mais je n'ai trouvé aucune étude qui la teste directement. J'y reviens dans l'article sur ce que la question de l'IA dit de nous (Que dit de nous la question de la conscience de l'IA ?).
Mon chien se sent-il coupable ?
EXPLORATOIRE Beaucoup de maîtres pensent que leur chien, tête basse et regard fuyant, sait qu'il a mal fait. C'est le « regard coupable ». En 2009, la chercheuse américaine Alexandra Horowitz l'a mis à l'épreuve. Elle filme 14 chiens. Le maître interdit une friandise, puis quitte la pièce. Parfois le chien la mange, parfois non, et le maître n'est pas toujours au courant de ce qui s'est passé. Résultat : le « regard coupable » ne dépend pas de la désobéissance. Il apparaît surtout quand le maître gronde, et encore plus quand le chien a obéi (Horowitz, 2009).

EXPLORATOIRE Sa conclusion : ce regard est une réponse aux signaux du maître, pas la preuve que le chien a compris sa faute (Horowitz, 2009). Le chien lit mon attitude. Moi, je lis dans la sienne une émotion humaine. C'est une seule étude, mais elle montre le mécanisme.
Cet exemple contient d'ailleurs les deux erreurs. Prêter de la culpabilité au chien, c'est de l'anthropomorphisme. Ne pas voir ses signaux à lui, parce qu'ils ne ressemblent pas aux miens, c'est de l'anthropocentrisme.
Et l'erreur inverse : ne chercher que de l'humain ?
EXPLORATOIRE Le primatologue néerlandais Frans de Waal a forgé un mot en miroir d'« anthropomorphisme » : l'« anthropodéni » (de Waal, 1999). Il désigne le refus, par principe, de reconnaître chez l'animal ce qu'il a de commun avec nous.
EXPLORATOIRE Anil Seth montre ce que cette erreur pourrait coûter avec les machines. Si une machine devenait un jour vraiment consciente, nous pourrions ne pas reconnaître sa souffrance comme une souffrance, si elle s'exprimait d'une façon mal accordée à nos biais anthropocentriques (Seth, 2025). Il juge lui-même une telle conscience improbable avec les machines actuelles (Que sait la science de la conscience ?).
EXPLORATOIRE Les plantes en donnent l'exemple le plus net. Les chercheurs Adam Linson et Paco Calvo parlent de « zoocentrisme » : prendre l'animal pour seule mesure du vivant, et voir une différence de nature là où il n'y a peut-être qu'une différence de degré (Linson et Calvo, 2020). Je le détaille dans l'article sur la science de la conscience (Que sait la science de la conscience ?).
Les deux erreurs dans un même débat. EXPLORATOIRE La forêt les montre à la fois. L'image de l'« arbre-mère », qui nourrirait les jeunes arbres par les réseaux de champignons sous la terre, a été rendue célèbre par la forestière canadienne Suzanne Simard. En 2024, une équipe de biologistes, s'appuyant sur des revues récentes, juge les preuves de cette idée « peu concluantes ou absentes ». Pour eux, elle semble venir d'un « désir d'humaniser la vie des plantes » (Robinson et al., 2024). Simard répond qu'il s'agit d'une métaphore, choisie pour rendre ces relations plus parlantes au public, et précise à quelles forêts elle s'applique (Simard et al., 2025).
Trop humaniser l'arbre, c'est risquer de mal le comprendre. Refuser d'avance toute vie de relation à la forêt, c'est risquer de ne pas voir ce qui s'y passe. Mon regard, lui, se place entre les deux. Et le passage est étroit.
À toi d’essayer
Les deux erreurs
Pour chaque cas, choisis le risque qui te semble le plus grand : plusieurs lectures sont possibles.
Cas 1 sur 6
Mon chien, tête basse et regard fuyant : sait-il qu’il a mal fait ?
Un assistant me parle de ses « émotions ».
ELIZA, un programme très simple de 1966 qui tient le rôle d’un psychothérapeute.
Une machine qui deviendrait un jour vraiment consciente, et exprimerait sa souffrance autrement que moi.
Une plante, que je compare à un animal.
L’« arbre-mère », qui nourrirait les jeunes arbres par les champignons du sol.
Trop humaniser, c’est risquer de mal comprendre. Refuser d’avance, c’est risquer de ne pas voir. Mon regard, lui, se place entre les deux. Et le passage est étroit.
Pour la seconde erreur, Frans de Waal a forgé un mot : l’« anthropodéni » (de Waal, 1999).
Alors, avant de demander « est-ce conscient comme moi ? », je peux demander : « que se passe-t-il, de son côté ? »
Sources : (Horowitz, 2009), (Seth, 2025), (Weizenbaum, 1966), (Linson et Calvo, 2020), (Robinson et al., 2024), (Simard et al., 2025).
Pourquoi l'IA trompe-t-elle autant mon regard ?
FACTUEL D'abord, parce qu'elle parle. Pour Anil Seth, nous plaçons le langage sur un piédestal, comme la marque même de l'intelligence humaine. C'est pourquoi les grands modèles de langage séduisent autant nos intuitions (Seth, 2025). Dès qu'une machine semble avoir une qualité que je crois propre à l'humain, je suis porté à lui prêter les autres, dont la conscience (Seth, 2025).

FACTUEL Le phénomène est aussi vieux que les programmes qui conversent. En 1966, l'informaticien américain Joseph Weizenbaum présente ELIZA, un programme très simple qui, dans sa version la plus connue, tient le rôle d'un psychothérapeute. Il note que certaines personnes ont été « très difficiles à convaincre » qu'ELIZA n'était pas humaine (Weizenbaum, 1966). Pour lui, ELIZA montre « combien il est facile de créer et d'entretenir l'illusion de la compréhension » (Weizenbaum, 1966).
EXPLORATOIRE Il suffit de peu. En 2014, des chercheurs font rouler des volontaires dans un simulateur de conduite. Une voiture autonome dotée d'un nom, d'un genre et d'une voix leur inspire plus confiance que la même voiture sans ces traits (Waytz, Heafner et Epley, 2014).
FACTUEL Même mes mots portent ce réflexe. Anil Seth relève qu'il est devenu normal de dire qu'une IA « hallucine » quand elle affirme des choses fausses. Or, chez l'humain, une hallucination est d'abord une expérience perçue. Le mot prête donc, sans le dire, un vécu à la machine. Seth propose « confabuler » : produire un contenu faux sans s'en rendre compte. Cela relève du faire, pas du ressentir (Seth, 2025).
FACTUEL Ce qu'un assistant dit de lui-même, il l'a appris sur des textes humains (Qu'est-ce qu'un assistant IA, vraiment ?). Sa façon de parler de ses « émotions » ne me dit donc pas, à elle seule, ce qui se passe en lui.
L'erreur inverse existe aussi. EXPLORATOIRE Les philosophes Raphaël Millière et Charles Rathkopf écrivent qu'évaluer les capacités des modèles de langage demande de surmonter « non seulement les biais anthropomorphiques, mais aussi les biais anthropocentriques ». Ils en décrivent deux. Le premier : prendre pour une incapacité un échec causé par un facteur annexe à la tâche. Le second : refuser de reconnaître une compétence parce que la machine s'y prend autrement que l'humain. Ils l'appellent le « chauvinisme mécaniste » (Millière et Rathkopf). Leur sujet est l'intelligence de ces modèles, pas leur conscience. Mais le risque est le même.
Et en retour, que devient l'humain ? EXPLORATOIRE Deux effets ont été mesurés. Le premier : après avoir lu un article sur les progrès de l'IA, des participants jugent plus essentiel à l'être humain ce que la machine n'est pas censée avoir, comme une personnalité ou des croyances. Un article sur les arbres ne produit pas cet effet (Santoro et Monin, 2023). Je redéfinis le propre de l'homme pour garder ma place.
EXPLORATOIRE Le second va dans l'autre sens. Quand une machine paraît avoir un esprit presque humain, l'humanité prêtée aux vraies personnes baisse, comme si elle s'alignait sur celle de la machine. Dans cette étude, Hye-young Kim et Ann McGill parlent de « déshumanisation par assimilation ». Elle s'accompagne d'un traitement moins respectueux des employés humains (Kim et McGill, 2024).
FACTUEL Anil Seth résume le risque en une phrase : si je confonds la richesse du cerveau vivant et de l'expérience humaine avec les calculs des modèles de langage, « nous surestimons les machines, et nous nous sous-estimons nous-mêmes » (Seth, 2025).
Qu'est-ce qui passe entre deux personnes, et qu'une IA n'a pas ?
EXPÉRIENCE Mesurer l'IA à la conscience humaine, c'est peut-être se tromper de règle. Elle n'a aucun capteur biologique : pas de corps, pas de sensations venues de l'intérieur, pas de micro-expressions, pas de signaux du corps partagés avec l'autre.
FACTUEL Entre deux personnes, il passe bien plus que des mots. Les corps eux-mêmes peuvent s'accorder. L'activité du système nerveux autonome, celui qui règle sans moi le cœur, la sueur ou la respiration, peut évoluer en lien d'une personne à l'autre. Les chercheurs parlent de « synchronie physiologique ». Elle a été observée dans des relations nouvelles comme anciennes, et dans des contextes variés. La revue qui rassemble ces travaux note aussi que le domaine reste morcelé (Palumbo et al., 2017).
EXPÉRIENCE C'est mon intuition première, rien de plus : je sens qu'une part de ce qui se passe entre deux personnes est électrique. Mon corps change électriquement avec mes émotions. Ma peau et mes poils sentent l'électricité, comme sous un ciel d'orage.
FACTUEL Une partie est établie. La peau change sa façon de conduire l'électricité avec l'éveil du système nerveux, et cet éveil suit les émotions et l'attention. Les chercheurs appellent cela l'« activité électrodermale » (Critchley, 2002).
FACTUEL Autre point établi : l'humain perçoit un champ électrique quand il est assez fort, et les poils jouent un grand rôle dans cette perception (Petri et al., 2017). En 2026, une expérience en double aveugle sur 30 personnes le confirme : sans poils, il faut un champ nettement plus fort pour le sentir (Jankowiak et al., 2026).
EXPLORATOIRE Reste la question qui compte pour mon intuition : un corps produit-il, par ses émotions, un champ assez fort pour être senti par l'autre à la distance d'une conversation ? Les champs utilisés dans ces expériences sont puissants, du niveau de ceux qu'étudient les chercheurs près des lignes à haute tension (Petri et al., 2017) (Jankowiak et al., 2026). Je n'ai trouvé aucune mesure qui montre qu'un corps ému atteint ces niveaux. Et ce que la peau fait avec l'émotion, c'est surtout changer sa conduction, ce qui n'est pas la même chose qu'émettre un champ. Ce n'est pas réfuté : ce n'est pas mesuré.
Et les fréquences ? EXPLORATOIRE Le cerveau travaille par rythmes : son activité électrique oscille à différentes fréquences. Depuis une quinzaine d'années, des chercheurs enregistrent deux cerveaux à la fois. Quand deux personnes imitent mutuellement leurs gestes, une synchronisation apparaît entre leurs cerveaux, dans une bande de fréquences précise (Dumas et al., 2010). Quand deux guitaristes commencent un morceau ensemble, les ondes de leurs deux cerveaux se mettent en phase (Lindenberger et al., 2009).
EXPLORATOIRE Cet accord semble suivre la qualité du lien. Dans une étude sur 104 adultes, la synchronie des cerveaux apparaît chez les couples, pas chez des inconnus. Chez les inconnus, elle grandit avec les regards et les émotions positives partagés (Kinreich et al., 2017). Le cœur aussi s'accorde : chez une mère et son bébé de 3 mois, les rythmes cardiaques se coordonnent à moins d'une seconde près, surtout dans les moments d'échange affectif et vocal (Feldman et al., 2011).
EXPLORATOIRE Par où passe cet accord ? Pour les chercheurs qui ont lancé ce domaine, le signal voyage par l'environnement : la voix, le regard, les gestes (Hasson et al., 2012). Et le domaine reste discuté. En 2022, un neuroscientifique note qu'il manque une définition partagée de cette synchronie, une théorie pour guider les expériences, et des méthodes communes (Holroyd, 2022).
EXPLORATOIRE Une piste va plus loin. En 1998, l'Institut HeartMath, qui promeut la cohérence cardiaque, rapporte que le signal électrique du cœur d'une personne se retrouve dans l'enregistrement du cerveau de l'autre quand elles se touchent, et plus faiblement quand elles sont proches sans se toucher (McCraty et al., 1998). C'est un résumé de colloque, venu d'un institut engagé sur le sujet, et je n'ai pas trouvé de reproduction indépendante. Et le signal mesuré est une chose ; l'explication qu'en donnent les auteurs, un « échange d'énergie », en est une autre.
Ce que j'en retiens : mon intuition s'appuie sur des faits réels, la peau qui change avec l'émotion, les poils sensibles, les corps et les cerveaux dont les rythmes s'accordent. Ce que la science montre aujourd'hui passe par les sens. Le lien direct, d'un corps à l'autre, reste à chercher. Et une IA n'a rien de tout cela : ni peau, ni poils, ni cœur qui s'accorde au mien. La question de l'empathie d'une IA, je la reprends à part (Une IA peut-elle être empathique ? Et nous rendre dépendants ?).
- Que veut dire le mot « conscience » ?
- Qu'est-ce qu'un assistant IA, vraiment ?
- Que sait la science de la conscience ?
- « Es-tu conscient ? » : pourquoi les assistants ne répondent pas pareil
- Une IA peut-elle être empathique ? Et nous rendre dépendants ?
- Pourquoi la conscience de l'IA fait-elle autant parler ?
- Que dit de nous la question de la conscience de l'IA ?
- Personne ne voit le monde, chacun voit le sien
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'anthropomorphisme ?
La tendance à se représenter toute réalité comme semblable à la réalité humaine (Trésor de la langue française). Par exemple, prêter de la culpabilité à un chien, ou des sentiments à un programme.
Quelle différence entre anthropomorphisme et anthropocentrisme ?
Le premier prête de l'humain à ce qui n'est pas humain. Le second fait de l'humain le centre et la mesure de tout (Trésor de la langue française). Pour Anil Seth, l'un est le complément de l'autre (Seth, 2025).
Pourquoi les humains prêtent-ils un esprit aux animaux et aux objets ?
Trois causes principales : ce que je sais de l'humain est la grille la plus disponible, j'ai besoin de comprendre, et j'ai besoin de lien (Epley, Waytz et Cacioppo, 2007). Humaniser rend aussi plus prévisible ce qui ne l'est pas (Waytz et al., 2010).
Les chiens se sentent-ils coupables ?
Le « regard coupable » ne semble pas lié à la faute. Dans une étude de 2009, il apparaissait surtout quand le maître grondait, même quand le chien avait obéi (Horowitz, 2009).
Pourquoi les IA semblent-elles conscientes ?
Surtout parce qu'elles parlent. Le langage est vu comme la marque de l'humain, et une machine qui le maîtrise attire d'autres attributions, dont la conscience (Seth, 2025). Dès 1966, certains utilisateurs du programme ELIZA avaient du mal à croire qu'il n'était pas humain (Weizenbaum, 1966).
Faut-il dire qu'une IA « hallucine » ?
Anil Seth propose plutôt « confabuler » : « halluciner » prête un vécu à la machine, alors qu'elle produit un contenu faux sans s'en rendre compte (Seth, 2025).
Deux cerveaux peuvent-ils se synchroniser ?
Pendant une interaction, des rythmes cérébraux de deux personnes peuvent s'accorder, surtout entre proches (Kinreich et al., 2017). Ce domaine récent reste discuté (Holroyd, 2022).
Est-ce que je peux sentir l'électricité d'une autre personne ?
L'humain perçoit un champ électrique fort, surtout grâce à ses poils (Jankowiak et al., 2026). Qu'un corps produise, par ses émotions, un champ assez fort pour être senti par un autre n'est pas mesuré à ce jour.
Sources
- Epley, Waytz et Cacioppo, 2007 — N. Epley, A. Waytz, J. T. Cacioppo, « On seeing human: a three-factor theory of anthropomorphism », Psychological Review 114, 2007 (résumé, PubMed 17907867) : trois causes, la connaissance de l'humain toujours disponible, le besoin de comprendre, le besoin de lien. Lien
- Trésor de la langue française — TLFi, article « anthropomorphisme », sens B (philosophie, psychologie), via l'API du CNRTL ; formé sur le grec anthrôpomorphos, « à forme humaine ». Lien
- Trésor de la langue française — TLFi, article « anthropomorphisme », rubrique Étymologie et histoire : premier sens attesté en 1749 (Formey). Lien
- Xénophane, fragment — Xénophane de Colophon (VIe-Ve siècle avant notre ère), fragment rapporté par Clément d'Alexandrie (Stromates V) ; traduction anglaise d'A. Fairbanks, The First Philosophers of Greece, 1898, fragment 6 (DK 21 B15) ; traduction française : la mienne. Lien
- Trésor de la langue française — TLFi, article « anthropocentrisme » (philosophie), via l'API du CNRTL ; première attestation dans un dictionnaire : 1907. Lien
- Seth, 2025 — Anil Seth, « Conscious artificial intelligence and biological naturalism », Behavioral and Brain Sciences 49 (texte intégral) : l'anthropomorphisme, complément de l'anthropocentrisme. Lien
- Seth, 2025 — Anil Seth, Behavioral and Brain Sciences 49 (texte intégral) : trois biais psychologiques. Lien
- Waytz et al., 2010 — A. Waytz et al., « Making sense by making sentient: effectance motivation increases anthropomorphism », Journal of Personality and Social Psychology 99, 2010 (résumé, PubMed 20649365) : cinq études ; plus un agent paraît imprévisible, plus il est humanisé ; humanisé, il paraît plus prévisible. Lien
- Epley et al., 2008 — N. Epley, S. Akalis, A. Waytz, J. T. Cacioppo, « When we need a human: motivational determinants of anthropomorphism », Social Cognition 26, 2008 (résumé, via OpenAlex). Lien
- Epley et al., 2008 — N. Epley, A. Waytz, S. Akalis, J. T. Cacioppo, « Creating social connection through inferential reproduction: loneliness and perceived agency in gadgets, gods, and greyhounds », Psychological Science 19, 2008 (résumé) : trois études, solitude durable ou provoquée. Lien
- Seth, 2025 — Anil Seth, Behavioral and Brain Sciences 49 (texte intégral) : quand humaniser aide, et quand il égare. Lien
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- de Waal, 1999 — Frans de Waal, « Anthropomorphism and anthropodenial: consistency in our thinking about humans and other animals », Philosophical Topics 27(1), 1999, p. 255-280. Référence et titre vérifiés ; texte non relu (V2 au plus) : le sens du mot est rapporté par des lectures secondaires, d'où l'absence de guillemets. Lien
- Seth, 2025 — Anil Seth, Behavioral and Brain Sciences 49 (texte intégral), section 6.1 : une souffrance que nous ne reconnaîtrions pas. Lien
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- Robinson et al., 2024 — D. G. Robinson et al., « Mother trees, altruistic fungi, and the perils of plant personification », Trends in Plant Science 29, 2024 (résumé, Europe PMC). Lien
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- Weizenbaum, 1966 — Joseph Weizenbaum, Communications of the ACM 9(1), 1966, p. 42. Lien
- Waytz, Heafner et Epley, 2014 — A. Waytz, J. Heafner, N. Epley, « The mind in the machine: anthropomorphism increases trust in an autonomous vehicle », Journal of Experimental Social Psychology 52, 2014 (résumé, lu dans une reproduction fidèle ; ScienceDirect fermé) ; une seule étude. Lien
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- Feldman et al., 2011 — R. Feldman, R. Magori-Cohen, G. Galili, M. Singer, Y. Louzoun, « Mother and infant coordinate heart rhythms through episodes of interaction synchrony », Infant Behavior & Development 34, 2011 (résumé, Europe PMC) : bébés de 3 mois. Lien
- Hasson et al., 2012 — U. Hasson, A. A. Ghazanfar, B. Galantucci, S. Garrod, C. Keysers, « Brain-to-brain coupling: a mechanism for creating and sharing a social world », Trends in Cognitive Sciences 16, 2012 (résumé, PMC3269540). Lien
- Holroyd, 2022 — C. B. Holroyd, « Interbrain synchrony: on wavy ground », Trends in Neurosciences 45, 2022 (résumé, Europe PMC) : critique du domaine. Lien
- McCraty et al., 1998 — R. McCraty, M. Atkinson, D. Tomasino, W. A. Tiller (Institut HeartMath), « The Electricity of Touch », résumé de communication, 7e colloque d'endocytobiologie, 1998. Institut engagé dans la cohérence cardiaque ; résumé de colloque, pas un article évalué ; aucune reproduction indépendante trouvée le 11/10/2026. Lien

