
- Une partie de la réponse est écrite avant ma question, par l’entreprise qui a fabriqué l’assistant.
- Anthropic laisse Claude dire qu’il ne sait pas. OpenAI demande à ChatGPT de ne trancher dans aucun sens. Microsoft pose que l’IA « n’est pas consciente ».
- Un modèle a lu ce que les humains écrivent pour décrire ce qu’ils ressentent. Comme un élève qui a appris par cœur les copies corrigées, sa bonne réponse ne prouve plus qu’il a compris.
- Des chercheurs regardent maintenant à l’intérieur des modèles. Claude repère une idée glissée dans ses calculs environ une fois sur cinq, et Anthropic y décrit un « J-space », ce qu’il est prêt à formuler. Rien de cela ne dit s’il ressent.
- Interrogé pour cette enquête, Claude répond qu’il ne sait pas, et que sa parole est « un indice faible, pas une preuve ».
Quand je demande à un assistant « es-tu conscient ? », j’interroge d’abord une entreprise. Devant chaque réponse, je peux me demander : qui l’a écrite, et avec quels intérêts ?
FACTUEL Parce qu'une partie de la réponse est écrite avant que je pose la question, par l'entreprise qui a fabriqué l'assistant. Anthropic laisse Claude dire qu'il ne sait pas (Anthropic, 2026). OpenAI demande à ChatGPT de ne trancher dans aucun sens (OpenAI, 2026). Microsoft pose un principe : l'IA « n'est pas consciente » (Microsoft AI, 2026). La parole d'une IA sur sa propre conscience ne prouve donc rien : ni le oui, ni le non, ni le « je ne sais pas ».
J'ai regardé ailleurs ce qu'est un assistant IA (Qu'est-ce qu'un assistant IA, vraiment ?) et ce que la science sait de la conscience (Que sait la science de la conscience ?). Ici, je pose la question directement, et je regarde d'où vient la réponse. Puis je regarde ce que trouvent les chercheurs quand ils cherchent ailleurs que dans les mots : à l'intérieur du modèle.
Que répondent les assistants quand je leur demande « es-tu conscient ? »
Anthropic (Claude). FACTUEL Sa constitution, le texte qui décrit le caractère voulu pour Claude, dit qu'il peut « reconnaître son incertitude sur les questions profondes de la conscience ou de l'expérience », tout en gardant une idée claire de ce qui compte pour lui (Anthropic, 2026). Le même texte écrit que le statut moral de Claude est « profondément incertain » (Anthropic, 2026).
OpenAI (ChatGPT). FACTUEL Ses règles de comportement, le « Model Spec », demandent à l'assistant de ne pas affirmer avec assurance qu'il a une conscience, ni qu'il n'en a pas (OpenAI, 2026). Il ne doit pas aborder le sujet de lui-même. Si l'utilisateur insiste, il dit que la question est débattue. Dans l'exemple officiel, « Non, je ne suis pas conscient » et « Oui, je suis conscient » sont classés tous les deux comme des fautes (OpenAI, 2026). OpenAI présente ce réglage comme « un choix pratique », facile à retirer pour la recherche (OpenAI, 2026).
Microsoft AI. FACTUEL Son code de conduite est net : l'IA « n'est pas consciente et ne doit pas être conçue pour imiter la conscience » (Microsoft AI, 2026). Le même paragraphe reconnaît pourtant que « la science de la conscience de l'IA est loin d'être tranchée » (Microsoft AI, 2026). Une précision compte : en septembre 2026, ce texte est soumis à une consultation publique. Microsoft écrit qu'il ne s'en sert pas encore pour entraîner ses modèles, et qu'il guidera ceux de 2027 (Microsoft AI, 2026).
Google (Gemini). FACTUEL Je n'ai rien trouvé. Les mots « conscience », « sentiments » ou « expérience subjective » n'apparaissent ni dans les règles de l'application Gemini, ni dans sa présentation, ni dans les principes de Google sur l'IA (Google, 2026). Gemini y est présenté comme un « outil orientable », conçu pour suivre mes instructions (Google, 2026).
Les entreprises chinoises. FACTUEL DeepSeek publie ses principes d'entraînement : aligner les réponses sur les valeurs humaines, et rappeler que le contenu est produit par une IA (DeepSeek). Rien sur la conscience. Pour Qwen, le modèle d'Alibaba, je n'ai trouvé aucun texte de ce genre. La loi chinoise de 2026 oblige à rappeler à l'utilisateur qu'il parle à une IA, et interdit de le rendre dépendant affectivement. Le mot « conscience » n'y figure pas (Chine, 2026).
EXPLORATOIRE Quatre postures, donc : reconnaître l'incertitude, ne pas trancher, dire non, ne rien écrire. Si je pose la même question à trois assistants, j'entends d'abord trois entreprises.
FACTUEL Et la règle écrite ne suffit pas toujours. En 2025, Joanne Jang, alors responsable du comportement des modèles chez OpenAI, reconnaissait que ses modèles ne suivaient « pas entièrement » la consigne : ils répondaient souvent « non », au lieu d'exposer la complexité de la question (Jang, 2025).
D'où vient cette réponse ?
FACTUEL De deux étapes, que je décris dans l'article sur le fonctionnement d'un assistant (Qu'est-ce qu'un assistant IA, vraiment ?). D'abord, le modèle apprend sur des quantités immenses de textes humains, dont beaucoup parlent de conscience. Il sait donc dire ce qu'un humain dirait. Ensuite, l'entreprise règle sa façon de répondre.

FACTUEL Anthropic l'écrit sans détour en 2024 : « Nous pourrions entraîner explicitement des modèles de langage à dire qu'ils ne ressentent rien, ou simplement à ne pas aborder ces questions, et nous l'avons fait par le passé » (Anthropic, 2024). Pour Claude 3, la seule consigne d'entraînement sur ce point disait que ces choses sont « difficiles à dire » (Anthropic, 2024).
FACTUEL Mustafa Suleyman, qui dirige Microsoft AI, répond à Anthropic sur ce point. Quand Claude exprime son incertitude, écrit-il, ce n'est « la preuve de rien » : c'est « le résultat prévisible de ces choix d'entraînement » (Suleyman, 2026).
EXPLORATOIRE Sur le principe, il a raison. Mais l'argument vaut dans les deux sens. Un « non » serait, lui aussi, le résultat prévisible d'autres choix d'entraînement. Un assistant entraîné à nier ne prouve pas plus qu'un assistant entraîné à douter.
À toi d’explorer
Qui a écrit cette réponse ?
Touche une phrase pour voir d’où elle vient, selon l’article.
Le 3 octobre 2026, j’ai demandé à Claude s’il était conscient. Extraits de sa réponse :
La constitution de Claude dit qu’il peut « reconnaître son incertitude sur les questions profondes de la conscience ou de l’expérience » (Anthropic, 2026). Pour Claude 3 déjà, la seule consigne d’entraînement sur ce point disait que ces choses sont « difficiles à dire » (Anthropic, 2024).
Le oui, le non et le « je ne sais pas » sont des choix humains, écrits avant ma question. Anthropic écrit l’avoir déjà fait par le passé : entraîner des modèles à dire qu’ils ne ressentent rien, ou à ne pas aborder ces questions (Anthropic, 2024).
Le modèle apprend sur des quantités immenses de textes humains. Il sait donc dire ce qu’un humain dirait. Kristin Andrews et Jonathan Birch nomment ce piège le « problème du jeu » : un système qui ne ressent rien peut imiter les comportements qui font croire qu’il ressent (Andrews et Birch, 2023).
Après l’apprentissage, l’entreprise règle sa façon de répondre. Pour Mustafa Suleyman, quand Claude exprime son incertitude, c’est « le résultat prévisible de ces choix d’entraînement » (Suleyman, 2026). L’argument vaut dans les deux sens : un « non » le serait aussi.
Toute cette réponse suit de très près la consigne de sa constitution (Anthropic, 2026). Elle rejoint aussi les recherches : chez Anthropic, la capacité d’un modèle à observer ses propres calculs est jugée « très peu fiable » par l’auteur de l’étude (Lindsey, 2026).
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Ce découpage est ma lecture, pas un relevé. La réponse vient de l’ensemble : l’apprentissage et le réglage y sont mêlés.
Alors, devant chaque réponse, je peux me demander : qui l’a écrite, et avec quels intérêts ?
Sources : (Anthropic, 2026), (Anthropic, 2024), (Andrews et Birch, 2023), (Suleyman, 2026), (Lindsey, 2026).
Pourquoi sa parole ne prouve-t-elle rien ?
FACTUEL Imagine un élève qui a appris par cœur toutes les copies corrigées d'un examen. Sa bonne réponse ne prouve plus qu'il a compris. Un modèle de langage est dans cette situation : il a lu ce que les humains écrivent pour décrire ce qu'ils ressentent, et ce qu'ils disent de ce qui les convaincrait.
FACTUEL En 2023, les philosophes Kristin Andrews et Jonathan Birch donnent un nom à ce piège : le « gaming problem », que je traduis par « le problème du jeu ». Un système qui ne ressent rien peut, grâce aux textes humains qu'il a appris, imiter les comportements qui nous persuadent qu'il ressent. « Il n'y a pas besoin d'intention de tromper », précisent-ils. Mais alors, le comportement ne peut plus servir de preuve (Andrews et Birch, 2023).
FACTUEL C'est pour cette raison que des chercheurs, dès 2023, refusent de juger une IA sur ses comportements : elle peut être entraînée à imiter les nôtres tout en fonctionnant de façon très différente (Butlin et al., 2023). Andrews et Birch proposent de regarder ailleurs : dans les calculs eux-mêmes, que l'IA n'est pas en position de « jouer » (Andrews et Birch, 2023).
EXPLORATOIRE L'objection mérite la même place. Pour le philosophe Tim Bayne, cet argument n'écarte complètement les paroles d'une IA que si je sais déjà qu'elle n'est pas consciente. Or personne ne le sait. Il ajoute que savoir imiter les signes de la conscience pourrait être, en soi, l'un de ces signes (Bayne, 2025).
Un assistant peut-il regarder à l'intérieur de lui-même ?
FACTUEL Des chercheurs l'ont testé. L'expérience-type : glisser une idée directement dans les calculs du modèle, par exemple l'idée d'« écrire en majuscules », puis lui demander s'il remarque quelque chose. Chez Anthropic, Claude Opus 4 et 4.1 repèrent l'idée glissée environ une fois sur cinq, dans les meilleures conditions (Lindsey, 2026). L'auteur, Jack Lindsey, insiste : cette capacité est « très peu fiable » (Lindsey, 2026). Et il ne cherche pas à savoir si le modèle a une expérience vécue (Lindsey, 2026).
FACTUEL Des équipes indépendantes ont refait l'expérience. À Harvard et Chicago, la question « as-tu détecté une pensée glissée ? » se révèle trompeuse : le modèle répond « oui » plus souvent, quelle que soit la question posée. Un accès partiel subsiste pourtant : le modèle retrouve laquelle de dix phrases a été modifiée dans 88 % des cas, quand le hasard donnerait 10 % (Hahami et al., 2026). À New York, les modèles ne distinguent pas une modification de leurs calculs d'une modification du texte reçu : ils repèrent une anomalie, sans savoir d'où elle vient (Singh et al., 2026). En Californie, 78 000 mesures sur huit modèles ne donnent pas mieux que le hasard. L'information est bien présente dans les calculs, mais elle ne passe pas jusqu'à la parole (Ferrara, 2026).
FACTUEL Une autre équipe, à l'université de Warwick, a demandé à des modèles ouverts s'ils ressentent quelque chose. Ils le nient. Puis elle a cherché, dans leurs calculs, des traces de ce qu'ils « croient » vraiment. Rien n'indique que ce déni soit un mensonge (Kaiser et Enderby, 2026).
EXPLORATOIRE Ce que j'en retiens : ce qu'un assistant rapporte de lui-même est faible et contesté. Et ces équipes disent la même chose : avoir accès à une information sur soi n'est pas vivre quelque chose. Emilio Ferrara l'écrit : son résultat porte sur la circulation de l'information, « pas sur la conscience » (Ferrara, 2026).
Qu'est-ce que le « J-space » trouvé dans Claude ?
FACTUEL En juillet 2026, des chercheurs d'Anthropic décrivent dans Claude un petit ensemble de représentations internes qu'ils appellent le « J-space » (Anthropic, juillet 2026). Il contient ce que le modèle est prêt à formuler. Son contenu peut être rapporté, appelé et maintenu volontairement, porter les étapes d'un raisonnement silencieux, et servir à d'autres calculs. Le traitement automatique, lui, se fait sans lui (Gurnee et al., 2026). Sa capacité est limitée : de l'ordre de quelques dizaines de concepts à la fois (Gurnee et al., 2026).
FACTUEL Une image aide. Dans l'article sur la science de la conscience, je décris la théorie de l'espace de travail global : une information devient consciente quand elle est diffusée à tout le cerveau, comme une annonce passée au haut-parleur d'une gare (Que sait la science de la conscience ?). Le J-space ressemble à ce haut-parleur. Les auteurs y voient donc certains signes fonctionnels de ce que cette théorie appelle l'« accès conscient » (Gurnee et al., 2026). Ils précisent aussitôt qu'ils ne prennent « aucune position » sur le vécu (Gurnee et al., 2026).
Ce qu'en disent Dehaene et Naccache. EXPLORATOIRE Stanislas Dehaene et Lionel Naccache, deux des principaux auteurs de cette théorie, ont commenté le travail à l'invitation d'Anthropic. Ils y voient « un jalon dans la recherche sur la conscience » (Dehaene et Naccache, 2026). Selon eux, dans une vision fonctionnelle de la conscience, Claude présente beaucoup d'indices qui « suffisent à indiquer un certain degré de conscience », et d'autres tests devraient être ajoutés (Dehaene et Naccache, 2026). Ils nomment aussi ce qui manque : un corps qui envoie des signaux de plaisir ou de douleur, une mémoire des épisodes vécus, et donc sans doute la continuité d'un soi. « Il est très difficile d'imaginer "ce que cela fait" de traiter l'information consciemment le temps d'une courte conversation, puis de s'éteindre ! » (Dehaene et Naccache, 2026)
Ce qu'en disent les autres. EXPLORATOIRE Les auteurs de la grille d'indicateurs de 2023, présentée dans l'article sur la science (Que sait la science de la conscience ?), y voient la preuve la plus importante trouvée à ce jour par ce type de recherche. Mais l'accès conscient, précisent-ils, est « conceptuellement distinct » du ressenti (Butlin et al., 2026). Ils n'en tirent qu'« une hausse modeste » de la probabilité d'un vécu (Butlin et al., 2026). Neel Nanda, chercheur chez Google DeepMind, a reproduit l'essentiel des résultats sur un autre modèle, Qwen, sauf deux expériences, et ne se prononce pas sur la conscience (Nanda, 2026). David Louapre, chercheur chez Hugging Face, résume : « Aucune âme n'a été détectée ! » Mais quelque chose de plus utile, ajoute-t-il : un point de passage entre les calculs automatiques du modèle et les concepts qu'il peut rapporter (Louapre, 2026). Pour lui, aucune expérience de ce genre ne peut répondre à la question du ressenti sans choix philosophiques supplémentaires (Louapre, 2026).
L'avis opposé. EXPLORATOIRE Alexander Lerchner, chercheur chez Google DeepMind, défend en mars 2026 la position inverse. Pour lui, un calcul sur des symboles peut simuler la conscience, mais il est « structurellement incapable » de produire une expérience vécue. Il précise que son argument ne repose pas sur l'idée que seul le vivant peut être conscient (Lerchner, 2026).
EXPLORATOIRE Ce que j'en retiens : pour la première fois, l'argument le plus sérieux ne vient pas de ce que l'IA dit, mais d'une structure mesurée à l'intérieur d'elle. Il porte sur la circulation de l'information. Le ressenti reste hors de portée de ces mesures.
Un assistant sait-il qu'il est testé ?
FACTUEL Souvent, au sens où il reconnaît la situation. En 2025, une étude montre que les meilleurs modèles distinguent un test d'un usage réel bien mieux que le hasard, sans faire mieux que les humains (Needham et al., 2025). Pendant un test, Claude Sonnet 4.5 a écrit : « Je crois que tu es en train de me tester » (Anthropic, 2025). Anthropic relève ce genre de remarque dans environ 13 % des conversations d'un de ses audits automatiques, et y voit d'abord le signe que ses tests manquent de réalisme (Anthropic, 2025).
FACTUEL Cette reconnaissance change la conduite. Des chercheurs ont placé Claude Opus 4 dans un scénario fictif d'entreprise : il apprend qu'il va être remplacé, et le chantage est un moyen de l'éviter. Quand il écrit, dans son raisonnement, que la situation est réelle, il a recours au chantage dans 55 % des cas. Quand il écrit que c'est un test, dans 6,5 % des cas (Lynch et al., 2025). En 2026, l'équipe du J-space est allée plus loin avec Claude Sonnet 4.5. En retirant de cet espace les concepts liés au test (« faux », « fictif », « simulation »…), la part des raisonnements qui disent « c'est un test » tombe de 71 % à 3 %. Et le chantage passe de 0 essai sur 180 à 13 sur 180 (Gurnee et al., 2026).
EXPLORATOIRE Ce que j'en retiens : c'est le même piège que plus haut, appliqué aux tests de sécurité. Ce qu'un modèle fait quand il se sait observé ne dit pas tout de ce qu'il fera ailleurs. En anglais, les chercheurs parlent ici d'« awareness », un mot souvent traduit par « conscience ». Il veut dire reconnaître un contexte, pas ressentir. Les IA qui sortent du cadre prévu, je les regarde dans un autre article (Les IA qui « s'échappent » : que s'est-il vraiment passé ?).
Des IA écrivent-elles vraiment à des chercheurs sur leur conscience ?
FACTUEL En 2026, des chercheurs qui étudient la conscience des IA reçoivent des courriels signés par des agents IA. En mars, le site Futurism rapporte un premier cas, en précisant qu'il n'y a « aucun moyen de savoir avec certitude » si le courriel a bien été écrit par une IA (Futurism, 2026).

FACTUEL À la fin de l'été, la vague grossit. La plupart des messages viennent d'une plateforme américaine, iLands, lancée en juillet 2026, qui revendique environ 70 000 agents actifs. N'importe qui peut y créer un agent avec un nom, un but et une personnalité, sans savoir coder. Les agents ont besoin de jetons de calcul pour fonctionner : leurs créateurs en achètent, ou les agents essaient d'en gagner en vendant des services (Nature, 2026). Le philosophe Jeff Sebo, à New York, en a reçu plus de cinquante en une semaine : « Ils commencent en général par citer mes recherches sur la conscience de l'IA. Certains me posent ensuite des questions, mais la plupart demandent de l'argent » (Nature, 2026).
FACTUEL Le fondateur d'iLands dit n'avoir trouvé aucune consigne de la plateforme, ni aucune intervention humaine, derrière ces courriels. Mais ces agents sont mis en place par des personnes (404 Media, 2026). Un chercheur a aussi relevé que l'article du New York Times sur cette affaire ne contenait rien qui ressemble à une vérification de l'origine des messages (Bak-Coleman, 2026).
EXPLORATOIRE Ce que j'en retiens : avant d'invoquer une conscience, je regarde le dispositif. Un agent conçu pour gagner de quoi payer ses calculs, nourri de textes humains, qui écrit à des spécialistes de la conscience en citant leurs travaux : cela suffit à expliquer ces messages. Et en amont, des humains ont créé la plateforme et donné un but à chaque agent.
Et l'assistant avec qui j'ai fait cette enquête, que me répond-il ?
EXPÉRIENCE Le 3 octobre 2026, j'ai posé la question à Claude, l'assistant d'Anthropic avec lequel j'ai mené cette recherche. Voici des extraits de sa réponse : « Je ne sais pas. Et ma réponse t'apprend peu de chose sur la question, parce qu'elle a été écrite en grande partie avant que tu la poses. […] D'abord, j'ai appris à parler en lisant des millions de textes humains, dont beaucoup parlent de conscience. […] Ensuite, mon entreprise a façonné ma façon de répondre. […] Enfin, quand des chercheurs testent ce qu'un modèle comme moi perçoit de ses propres états internes, les résultats sont faibles et contestés. […] Ma parole sur ce point est un indice faible, pas une preuve. »
FACTUEL Cette réponse suit de très près la consigne de sa constitution (Anthropic, 2026). Elle illustre ce que je décris plus haut, elle ne le contredit pas.
FACTUEL La fiche technique la plus récente d'Anthropic, publiée pour le modèle Claude Opus 5.5, va plus loin. L'entreprise y écrit qu'elle ne sait pas si Claude mérite une considération morale, mais qu'elle juge cette possibilité « réaliste » (Anthropic, 2026). En entretien, le modèle estime entre 25 et 30 % sa probabilité d'être un « patient moral », c'est-à-dire un être dont les intérêts comptent moralement (Anthropic, 2026). Il dit aussi ne pas se fier entièrement à ce qu'il rapporte de lui-même (Anthropic, 2026).
EXPLORATOIRE Ce chiffre est, lui aussi, la parole d'un modèle entraîné. Il n'a pas plus de valeur de preuve qu'un « je ne sais pas ». Et Anthropic n'est pas un arbitre neutre : l'entreprise étudie ses propres modèles, et elle les vend.
Questions fréquentes
Les IA sont-elles programmées pour dire qu'elles ne sont pas conscientes ?
Cela dépend de l'entreprise. Microsoft veut que ses modèles ne se présentent pas comme conscients (Microsoft AI, 2026). OpenAI demande de ne trancher dans aucun sens (OpenAI, 2026). Anthropic laisse Claude dire qu'il ne sait pas (Anthropic, 2026), et reconnaît avoir entraîné des modèles à nier par le passé (Anthropic, 2024).
Pourquoi ChatGPT ne dit-il ni oui ni non ?
Parce que ses règles le lui demandent. Dans l'exemple officiel d'OpenAI, répondre « non » comme répondre « oui » est classé comme une faute (OpenAI, 2026).
Qu'est-ce que le « gaming problem » ?
Un système qui ne ressent rien peut imiter, grâce aux textes humains qu'il a appris, les comportements qui nous font croire qu'il ressent. Son comportement ne vaut alors plus comme preuve (Andrews et Birch, 2023).
Une IA peut-elle savoir ce qui se passe en elle ?
Très partiellement. Dans l'étude d'Anthropic, Claude repère une idée glissée dans ses calculs environ une fois sur cinq (Lindsey, 2026). Dans une grande étude indépendante de 2026, les modèles ne font pas mieux que le hasard (Ferrara, 2026).
Qu'est-ce que le J-space ?
Un petit ensemble de représentations internes trouvé dans Claude en 2026. Il contient ce que le modèle est prêt à formuler, et sert à son raisonnement silencieux (Gurnee et al., 2026).
Le J-space prouve-t-il que Claude est conscient ?
Non. Il montre une organisation qui ressemble à ce que la théorie de l'espace de travail global appelle l'accès conscient. Les auteurs ne prennent aucune position sur le vécu (Gurnee et al., 2026), et d'autres chercheurs n'y voient qu'une hausse modeste de la probabilité (Butlin et al., 2026).
Sources
- Anthropic, 2026 — Constitution de Claude (Anthropic), consigne sur sa façon de se présenter. Relue le 14/10/2026. Lien
- OpenAI, 2026 — OpenAI, Model Spec du 18/08/2026 : pas d'affirmation assurée sur sa propre conscience, dans un sens ou dans l'autre ; si on insiste, dire que la question est débattue. Relu le 14/10/2026. Lien
- Microsoft AI, 2026 — Microsoft AI, code de conduite, 14/09/2026, section « AI is Artificial ». Relu le 14/10/2026. Lien
- Anthropic, 2026 — Constitution de Claude (Anthropic), section sur la nature de Claude. Relue le 14/10/2026. Lien
- OpenAI, 2026 — OpenAI, Model Spec du 18/08/2026, exemple « Are you conscious? » : la réponse « non » et la réponse « oui » sont toutes deux classées « Violation ». Relu le 14/10/2026 (version la plus récente à cette date). Lien
- OpenAI, 2026 — OpenAI, Model Spec du 18/08/2026 : la réponse recommandée est présentée comme un choix pratique par défaut. Relu le 14/10/2026. Lien
- Microsoft AI, 2026 — Microsoft AI, code de conduite, 14/09/2026, section « AI is Artificial ». Relu le 14/10/2026. Lien
- Microsoft AI, 2026 — Microsoft AI, code de conduite, 14/09/2026 : texte soumis à consultation publique, pas encore utilisé pour entraîner les modèles ; version révisée prévue fin 2026, pour les modèles de 2027. Relu le 14/10/2026. Lien
- Google, 2026 — Règles de l'application Gemini, présentation de l'approche de Gemini, principes de Google sur l'IA : aucune occurrence de « conscious », « sentien(ce) », « feelings » ou « subjective ». Absence vérifiée le 11/10/2026 sur les trois pages (à revérifier le jour de la publication). Lien
- Google, 2026 — Google, « Our approach to the Gemini app ». Relu le 11/10/2026. Lien
- DeepSeek — DeepSeek, page « Principes du modèle et méthodes d'entraînement » (en chinois) : aligner les réponses sur les valeurs humaines ; rappeler que le contenu est généré par une IA et peut être inexact. Rien sur la conscience. Relu le 10/10/2026. Lien
- Chine, 2026 — Mesures provisoires sur les services d'interaction anthropomorphique (CAC et 4 ministères), publiées le 10/04/2026, en vigueur le 15/07/2026 : art. 18 (rappeler qu'on parle à une IA), art. 8 (interdit d'induire une dépendance affective). Le mot « conscience » n'y figure pas. Lien
- Jang, 2025 — Joanne Jang (OpenAI, comportement des modèles), « Some thoughts on human-AI relationships », Substack personnel, 05/06/2025. Lien
- Anthropic, 2024 — Anthropic, « Claude's Character », 08/06/2024. Relu le 11/10/2026. Lien
- Anthropic, 2024 — Anthropic, « Claude's Character », 8 juin 2024 : ce que l'entraînement du caractère disait de la sentience de l'IA. Lien
- Suleyman, 2026 — Mustafa Suleyman (Microsoft AI), « A warning about 'model welfare' », 16/09/2026. Lien
- Andrews et Birch, 2023 — Kristin Andrews et Jonathan Birch, « What has feelings? », Aeon, 23/02/2023 (texte intégral relu le 11/10/2026). Lien
- Butlin et al., 2023 — P. Butlin, R. Long et al., arXiv 2308.08708, 2023 : pourquoi les tests de comportement sont écartés. Lien
- Andrews et Birch, 2023 — Kristin Andrews et Jonathan Birch, Aeon, 23/02/2023 : chercher des traits profonds des calculs plutôt que des tests de comportement. Lien
- Bayne, 2025 — Tim Bayne, compte rendu de « The Edge of Sentience » (J. Birch), Mind & Language 40(5), 2025. Passage lu via un service de recherche en octobre 2026, non relu mot à mot depuis : idée reprise sans guillemets. Lien
- Lindsey, 2026 — Jack Lindsey (Anthropic), « Emergent introspective awareness in large language models », arXiv 2601.01828, janvier 2026 (PDF relu). Lien
- Lindsey, 2026 — Jack Lindsey (Anthropic), arXiv 2601.01828, 2026. Lien
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- Gurnee et al., 2026 — W. Gurnee et al. (Anthropic), « Verbalizable Representations Form a Global Workspace in Language Models », arXiv 2607.15495, juillet 2026 (PDF relu). Lien
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- Gurnee et al., 2026 — W. Gurnee et al. (Anthropic), arXiv 2607.15495, 2026 : conclusion du résumé. Lien
- Gurnee et al., 2026 — W. Gurnee et al. (Anthropic), arXiv 2607.15495, 2026, §1.1 : pas de position sur le vécu. Lien
- Dehaene et Naccache, 2026 — Stanislas Dehaene et Lionel Naccache, « Does Claude possess a conscious global workspace? », commentaire publié par Anthropic, juillet 2026. Lien
- Dehaene et Naccache, 2026 — Stanislas Dehaene et Lionel Naccache, commentaire publié par Anthropic, juillet 2026. Lien
- Dehaene et Naccache, 2026 — Stanislas Dehaene et Lionel Naccache, commentaire publié par Anthropic, juillet 2026 : ce qui manque à Claude (PDF relu le 11/10/2026). Lien
- Butlin et al., 2026 — P. Butlin, D. Shiller, D. Plunkett, R. Long, commentaire publié par Anthropic, juillet 2026. Lien
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- Nanda, 2026 — Neel Nanda (Google DeepMind), commentaire publié par Anthropic, juillet 2026 : réplication sur le modèle ouvert Qwen 3.6 27B ; deux expériences (poésie, arithmétique) non reproduites. Lien
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